DODOL ET GRISETTE,

GEANTS D'ORMEIGNIES

 

 

Les origines

Au début des années 70, des jeunes de la fanfare Saint-Ursmer décident de créer un couple de géants pour animer les ducasses du village.

 

Le 28 avril 1973, à l'occasion de la ducasse Saint-Ursmer, Dodol et Grisette effectue leur première sortie. Les postures, comme c'est le cas de nombreux géants de cortège, représentent des personnages typiques du passé. Dodol et Grisette sont les sobriquets d'Adolphe Detrain et sa femme Clémence. On connaît les anecdotes les concernant, telle celle où leur unique vache devait traverser leur estaminet pour rejoindre l'étable, Dodol suivant l'animal avec un seau pour parer à tout éventualité.

Le café, situé à l'actuelle rue du Vert Buisson a aujourd'hui disparu et pittoresques tenanciers nous ont quitté, sans descendance, dans les années 30.

Les premières effigies

Si l'influence de leurs illustres voisins athois est évidente, tant dans leur construction que dans leurs évolutions, les carcasses des premiers géants, en 1973, étaient cependant construites en bois par les jeunes de la fanfare. L'année suivante, on utilisa des tubes d'électricité. Enfin, en 1975, on acheta des paniers en osier chez un artisan d'Onkerzele (près de Grammont). Il en coûta quelques 30 000 F.

Quant aux têtes, d'un prix de 15 000 F., elles furent offertes par M. Jean Picron, alors bourgmestre d'Ormeignies. Ce détail aura son importance plus tard.

Le tissu a également été acheté par les musiciens et c'est une dame bénévole, Julia Dath, qui habille les géants.

Dodol porte une jupe bleu foncé et un sarrau et un mouchoir rouge à pois blancs autour du cou. Grisette est vêtue d'un chemisier pied-de-poule bleu et blanc, d'une jupe gris et blanc et d'un foulard gris. Elle est coiffée d'un foulard blanc brodé et porte un panier de fleurs.

Les têtes sont vissées sur le buste.

La hauteur avoisine les 4 m et le poids 75 kg.

Dès les premiers temps, le samedi de la ducasse de septembre, le curé du village, l'abbé Réveillon, marie les géants en face de l'église. C'est ensuite la tournée des cafés.

En 1979, la nouvelle société " Les Bons Vivants " reprend Dodol et Grisette . Jacky et Tony Demarbaix, André Pettiaux, Jean-Pierre Derumier, Bernard, Pierre et José Luxque, Willy Godfrin et Christain Gustin sont les chevilles ouvrières d'un vrai renouveau de la ducasse de septembre. Pendant plusieurs années, un cortège folklorique parcourra le village . En 1987, il sera particulièrement remarquable avec la présence d'autres géants, le " Père Hennepin ", Zante et Rinette et leurs rejetons Pelot et Pelette. Plusieurs fanfares animent les danses.

Depuis quelques années, il n'y a plus de cortège. Seuls, nos géants et les fanfares d'Ormeignies et de Moulbaix-Ligne sont encore de la partie.

Dodol et Grisette participent au défilé de la foire d'hiver d'Ath en 1981, à l'occasion du 500ème   anniversaire de Goliath.

 

Cette année-là, ils reçoivent de nouveaux paniers et de nouveaux costumes qu'ils étrennent pour la ducasse Saint-Ursmer en présence du curé Réveillon. Ils pèsent alors une soixantaine de kilos.

 

En septembre 1982 et 83, ils sont invités à Autreppe où la " Société Saint-Eloi " a entrepris de relancer la ducasse de septembre.

 Ainsi donc, bon an, mal an, Dodol et Grisette effectuent leurs sorties annuelles après avoir été mariés par le curé du village, d'abord l'abbé Réveillon, ensuite par l'abbé Legrand et depuis la disparition de celui-ci, par l'abbé Notelé.

Tout semblait baigner dans la félicité la plus parfaite quand…la presse locale titre soudain, le 27 février 1995

Sous la plume du " Flâneur " (Jean Dupont), on peut lire :

"…Tout condamné à mort aura la tête tranchée " ! Ainsi parlait Dame Justice. " Dodol et Grisette ", les géants d’Ormeignies, ont quitté (discrètement) leur village d’adoption cher au député et bourgmestre honoraire Jean Picron. Seuls les paniers ont été remis à une société folklorique d’Hacquegnies.

Nés avec les " Bons Vivants ", ils animaient la localité depuis plus de 30 ans (sic) : on se souvient encore des liesses où la cheville ouvrière Willy Godfrin et bien d’autres, par la suite, organisaient la ducasse qui récoltait un large succès.

La société aujourd’hui dissoute, " Dodol et Grisette " vont retrouver une autre vie. Deux citoyens de grande envergure mis à l’honneur durant des lustres sont partis à tout jamais…qui pleure ces " éfants d’Ormeignies… ? "

La question est donc posée : " Les reverra-t-on ? "

Les têtes, offertes jadis par Jean Picron, restent la propriété de la fanfare Saint-Ursmer. Mais il faut de nouveaux paniers…

Grâce à beaucoup de bonne volonté et une aide non négligeable de l'administration communale d'Ath, " Dodol et Grisette " font leur réapparition lors de la ducasse de septembre 1995. Qui ne se remémore le départ des géants le dimanche après-midi, face à la salle Spoculo, au milieu des véhicules militaires qui rappelaient, avec la grande exposition " Ormeignies se souvient ", le cinquantième anniversaire de la fin de la deuxième guerre mondiale.

Paniers plus étroits, d'un poids de ± 75 kg, doté du même système de portage que les géants athois (à l’exception du coussin de tête), Dodol et Grisette retrouvaient l’ambiance de " leur " Ducasse.

Depuis 1996, une restauration des têtes a eu lieu, et cette année encore, on a pu les voir déambuler dans les rues du village, après s’être, une fois de plus, mariés devant M. le curé.

Parfois controversés, mais attachants et aimés, Dodol et Grisette, géants d’Ormeignies, font partie d’un patrimoine régional unique où l’on offre parfois la " grandeur " à de petites gens.

D. Leclercq. Octobre 1997